L’expérience des oeuvres interactives

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Apparue il n’y a une dizaine d’années, l’art digital ou interactif est un phénomène déjà largement démocratisé. En effet cette forme d’art novatrice et ludique séduit un public varié par sa singularité et son accessibilité.

Par définition, l’interactivité correspond au dialogue entre deux entités qui agissent les unes sur les autres.  La vocation de l’art interactif est de sensibiliser le spectateur, en l’immergeant dans l’univers des technologies interactives. En effet, souvent sollicité à intervenir, ce dernier prend part au  processus de création, en manipulant ces oeuvres qui mêlent à la fois vidéos, images, sons, lumières et même robotique. Ainsi le rôle actif du spectateur vient alimenter l’oeuvre et la fait évoluer en déclenchant des événements pré-programmés par l’artiste. Bien que le statut du spectateur reste anecdotique, il est impliqué dans un triple processus expérimental de perception, de participation et de modification de l’oeuvre, procurant une expérience unique dans un environnement modifié qui chamboule les perceptions du visiteur. Le but est souvent lié à l’utilisation des sens et particulièrement au toucher et à la vue.

Ainsi, à travers l’étude de plusieurs oeuvres interactives, nous nous demanderons : En quoi ces oeuvres visent-elles à faire vivre des expériences uniques aux spectateurs ?   
 

In Principio (e pio…) – STUDIO AZZURRO, 2013

Le collectif d’artistes des nouveaux médias, Studio Azzurro, réinvente “La Création” de la Genèse dans une installation vidéo interactive en quatre parties.  Inaugurée dans la section contemporaine des Musées du Vatican, ce dispositif sensible spécialement conçu, est composé de projections interactives sur quatre dalles en céramique technique, dans la couleur dark Depth et au format 320×160 cm. La première dalle “in principio” est placée au sol, en position horizontale. Les autres, “… e poi” sont à la verticale sur les murs. Sur ces dalles, des silhouettes d’hommes et de femmes déambulent… Son principe repose sur l’interaction du visiteur, qui en touchant une silhouette, donne naissance à son récit qu’elle exprime par des mots et des gestes. En s’immergeant dans le concept d’origine, le spectateur contribue à son évolution, engendrant ainsi une oeuvre d’expérience.  

Vue de l’installation « In Principio (e poi…)- Studio Azzurro
Il museo de la Città del Vaticano, 2015

Cette installation vidéo interactive a été réalisée par Studio Azzurro pour le premier Pavillon du Saint-Siège à la Biennale de Venise de 2013, qui était consacré au récit biblique de la Genèse. La Salle Studio Azzurro a ensuite été inaugurée dans la section contemporaine des Musées du Vatican où elle demeurera durant cent ans. L’évocation de la touche divine dans l’oeuvre est encore plus significative au vu de son emplacement à quelques pas de la fameuse Chapelle Sixtine.

Vue de l’installation « In Principio (e poi…)- Studio Azzurro
Il museo de la Città del Vaticano, 2015

« CONTROL NO CONTROL » – DANIEL IREGUI, 2015

Présentée pour la première fois en 2015 lors du Festival international des lumières de Guanghzou en Chine, cette installation aux allures mystérieuses allie lumières éclatantes, sons et graphismes interactifs. Présentée sous la forme d’un bloc aux murs de leds, elle invoque une exploration sensorielle à la fois visuelle, tactile puis sonore, et propose ainsi aux passants une expérience interactive et ludique. En effet, le spectateur est invité à interagir avec l’oeuvre, en la touchant avec ses mains et son corps, dans le but d’en modifier le paysage sonore et lumineux. L’artiste a comme volonté de perturber l’équilibre de l’espace public en invitant les passants à s’y mouvoir et à s’y comporter différemment. Ces derniers y expérimentent l’impact de leurs actions sur leur environnement. « Le résultat est un constant dialogue entre le son et l’image, entre la lumière et le mouvement, entre soi et les autres. » précise l’artiste.

Daniel Iregui,  » control no control », Guanghzou 2015

 » FLOATING LIGHTS « TRAVESÍAS DE LUZ, 2016

Fondée en 2011 et dirigée par l’artiste Luisa Álvarez, Travesías de Luz est une initiative artistique qui vise à transformer les espaces publics à l’aide de la lumière, pour en modifier le paysage et l’atmosphère.

«Floating Lights» est une installation lumineuse interactive conçue en 2012 pour la Fête des Lumières à Lyon. Ce projet est composé de deux écrans géants basse résolution de 10x3m et chacun d’eux est orné de 100 tubes lumineux colorés, semblables à des bouées de sauvetage, avec en leur centre un interrupteur. Cette oeuvre prend vie grâce à l’interaction des visiteurs, qui sont libres d’éteindre ou d’allumer chaque flotteur comme ils le souhaitent. L’installation couvre ainsi un aspect expérimental qui résulte de l’intervention du spectateur, l’action de ce dernier enrichissant aléatoirement l’oeuvre pour la rendre unique.

Travesias de Lus, « Floating lights » – 2016, dans les rues de Lyon

« Nous voulons transmettre notre concept de la lumière en tant que jeu dans les espaces urbains et mettre à la disposition du public de tout âge un système de base de lumières et de couleurs. » – explique Luisa Álvarez.

Travesias de Lus, « Floating lights » – 2016, dans les rues de Lyon.
Un spectateur actif allume un flotteur.

« HEART OF THE CITY » – ANAISA FRANCO, 2015

Présenté à VIVID Sydney en 2015, Heart of the City est une sculpture d’art publique et interactive qui émet de la lumière selon le rythme cardiaque des passants. 

Anaisa Franco, « Heart of the city », Sydney – 2015

Sa forme inspirée du coeur humain, couvre 10m2 et invite les passants à s’assoir et à interagir avec elle. Plusieurs personnes peuvent s’y s’assoir en même temps mais la sculpture possède par ailleurs qu’un seul capteur de pouls. En effet, lorsque l’on pose son doigt sur le capteur cardiaque situé dans l’un des sièges de la sculpture, celui-ci s’allume et s’éteint en fonction du rythme cardiaque de l’utilisateur. Lorsque personne ne touche le détecteur cardiaque, le cœur de la ville a son propre rythme et son propre éclairage. 

« AU DELÀ DES LIMITES » – TEAMLAB, 2018

Présentée en fin 2018 à La Villette, l’oeuvre monumentale et immersive « Au delà des limites » trouble les repères de ses visiteurs. Avec cette oeuvre numérique et interactive, le collectif japonais plonge les visiteurs dans un univers onirique, en le livrant à une véritable expérience visuelle, sensorielle et esthétique.                                              

« Au delà des limites »- installation digitale du collectif TeamLab, 2018, 
Vue de l’exposition à La Villette – Paris.

L’objectif du collectif est d’explorer la relation entre l’humain et la nature à travers l’art et les technologies numériques. Le visiteur est amené à se déplacer dans les différents espaces, et à toucher les motifs virtuels des murs pour y provoquer une réaction; paysages vivants, faune et flore évoluent fantastiquement aux contacts aléatoires du public, chaque spectateur créant ainsi sa propre et unique expérience.

TeamLab, « Au delà des limites »- 2018, la Villette à Paris
TeamLab, « Au delà des limites »- Paris, 2018
Un spectateur touche et interagit en direct avec l’oeuvre.
« Au delà des limites »- 2018 la Villette à Paris
Vue de l’exposition : La création de cet univers onirique est apprécié des enfants.

Le collectif précise à propos de l’oeuvre : « Les œuvres sont créées en temps réel par un programme informatique. Les images ne sont ni préenregistrées ni retransmises. Tous les tableaux des installations évoluent en permanence, les animations et interactions qui ont lieu ne sont jamais observées deux fois à l’identique. »

Ainsi, comme nous avons pu le voir avec l’exemple de ces oeuvres, les installations interactives sont généralement conçues pour évoluer au gré de leur public. En effet, on peut dire que ce dernier n’est plus seulement spectateur car il est appelé à interagir avec le contenu de l’oeuvre pour la voir évoluer en temps réel. Dans ce sens nous pouvons dire que ce sont des « oeuvres d’expériences » dont le principe chamboule les règles de la vision et du rapport classique établit entre l’œuvre et son spectateur.

SOURCES

https://ascidiacea.hypotheses.org/14                                                                                         –http://www.museivaticani.va/                                                                                                 –https://www.floornature.eu/principio-e-poi-salle-studio-azzurro-musees-du-vatican-12592/                                                                                                                                        -https://www.stereolux.org/agenda/daniel-iregui-control-no-control                                            -http://connectingcities.net/project/control-no-control                                                                      -https://www.travesiasdeluz.com/2015/01/floating-lights.htm                                                    -https://www.flex-neon.com/the-heart-of-the-city-an-interactive-public-art-sculpture-by-round-led-neon-flex-flex-neon-com/                                                                                          –https://cheese.konbini.com/artcontemporain/a-paris-installations-interactives-immersives-de-teamlab-emmeneront-dela-reel

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