Le tactile, un gage de modernité?

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Quand on pense au tactile, la première image que l’on s’en fait est celle de notre smartphone. Avant d’être un élément technologique le tactile est avant toute chose l’un de nos sens, le toucher. La technique a su ré-exploiter nos sens afin de communiquer plus facilement, de transmettre des informations, des émotions. Une tendance exploitée par certains artistes comme ceux présents à l’exposition de la Cantor Fine Art Gallery de Los Angeles « Please Touch the Art » (que l’on pourrait traduire par « prière de toucher les œuvres »). Mais encore une partie du musée du Louvre « sculpter le corps » qui est renouvelé pour la sixième fois depuis son ouverture en 1995. Un élan qui vient combler la frustration apportée par le panneau « prière de ne pas toucher » et de la légendaire phrase « on touche avec les yeux! » répété de nombreuses fois par les institutrices.

Mais alors, faire toucher les œuvres aux publiques est-ce réellement une nouveauté? Il existe deux réponses sommes toutes classiques, oui et non!

Historiquement il faut savoir que cette pratique n’a pas toujours été interdite. À partir de la renaissance et jusqu’au 18ème, l’appréciation des œuvres d’art passe par le toucher. Il existait des lieux appelés « cabinets de curiosités » qui regroupent des objets et œuvres hétéroclites. Ancêtre du musée, les collectionneurs autorisent leurs visiteurs à entrer en contact avec ses objets.

La gravure ci-dessous illustre le peu de précaution dont faisaient preuve les personnes présentes. Les tableaux sont manipulés par un monsieur au premier plan qui les retient avec un pied. Les feuilles virevoltent, elles sont manipulées sans gants, certaines sont même à terre.

Si cela était le cas jusqu’à la fin du 18ème siècle, par souci de conservation des œuvres les propriétaires ont dû y mettre fin.

Alors en quoi est-ce réellement un gage de modernité que de revenir à une tendance ancienne. L’approche n’est pas du tout la même à l’heure actuelle. Prenons l’exemple de l’exposition « prière de toucher » évoqué plus haut. Dans ce parcours, les visiteurs sont invités à s’approprier les œuvres par le toucher. Pas de lignes rouges, pas de pancartes, pas de gardien. L’exposition cherche justement à vous immerger dans le monde de l’art tactile. »Prière de toucher » comme protestation, faire évoluer l’art pour le rendre plusieurs pédagogues, plus accessible à un public difficile et ainsi répondu à la baisse de fréquentation des musées. Baisse lié par plusieurs éléments d’après le journal Lacroix: le risque d’attentat, la crise économique, mais également les sujets des principales expositions jugées « un peu austères »– « Poussin et Dieu » et une « brève histoire de l’avenir ». Une nouvelle dynamique apparaît donc pour intégrer et concerner les visiteurs. Une nouvelle façon d’aborder l’art à une époque où nous construisons ensemble le monde de demain grâce à la mondialisation.

Affiche de l’exposition

J’aimerais parler d’un artiste en particulier, dont certaines œuvres ont fait parties de l’exposition. Il créa en particulier une oeuvre d’art qui a bien plus qu’un sens artistique. Elle partit de la superbe rencontre entre l’artiste Andrew Myers et de George Wurtzel. George est aveugle de naissance, artisan et professeur à l’Enchanted Hills Camp, un camp d’été pour les non-voyants. Andrew lui, réalise des peintures sur vis offrant une dimension tactile à ses œuvres, il fixe d’abord les milliers de vis à bois puis les peint.

Un jour, George découvre son travail et Andrew l’invite à toucher ses œuvres, cet instant l’ayant marqué à jamais, il a souhaité réitérer l’expérience en allant plus loin. George est artisan, il enseigne à d’autres non-voyants comment travailler le bois et en utiliser les outils. Il vient de créer une galerie d’art tactile.

Andrew a souhaité aider George dans le développement de sa galerie et a également voulu le surprendre en réalisant son portrait afin que ce dernier puisse se découvrir par le toucher, se sentir, se reconnaître… Un moment très émouvant qui offre une nouvelle dimension à l’art car elle permet aux personnes souffrant de handicapes d’apprécier l’art autant que nous l’apprécions.

George touchant son portrait.

Pour conclure, je pense que le tactile dans l’art est un vrai gage de modernité quand on parle d’accessibilité à un plus grand nombre de personnes. Les œuvres tactiles permettent aux personnes malvoyantes de retrouver une forme de vision, mais elle permette aussi au grand public d’apprécier autrement l’art. Cependant l’aspect conservation des œuvres est évidemment primordial pour transmettre l’histoire mais l’époque actuelle il était important d’apporter un peu de fraîcheur à l’art.

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